RDC : 28 ans après le massacre de Kasika, Denis Mukwege réclame justice pour les victimes



28 ans après le massacre de Kasika, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege appelle à faire de la mémoire des victimes une exigence de justice.

Le 24 août 1998, les populations civiles de Kasika, Kilungutwe et Kalama avaient été victimes de violences d’une extrême gravité. Des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants avaient été tués, tandis que des femmes avaient été violées et torturées.

Dans un communiqué publié à l’occasion de ce 28e anniversaire, Denis Mukwege évoque également des enfants et des bébés tués, des habitations incendiées et des villages pillés.

Parmi les victimes figurait le Mwami François Mubeza, chef coutumier de la communauté Nyindu. Selon le communiqué, il avait été assassiné avec son épouse, alors enceinte de jumeaux, qui aurait également été éventrée. Des religieux et de nombreux autres habitants avaient aussi été tués.

Plus d'un millier de civils

Le massacre de Kasika figure parmi les violences documentées dans le Rapport Mapping des Nations unies, consacré aux graves violations des droits humains commises en République démocratique du Congo entre 1993 et 2003.

Denis Mukwege estime que les crimes commis à Kasika ne peuvent être dissociés du contexte militaire de l'époque, notamment de l'intervention du Rwanda en RDC et du rôle attribué aux forces rwandaises aux côtés du RCD-Goma/ANC.

Le prix Nobel de la paix dénonce également ce qu'il considère comme un cycle de recours à des groupes armés congolais et étrangers dans les conflits successifs qui ont marqué l'est de la RDC.

Selon lui, les noms et les structures ont changé au fil des années, mais les populations civiles continuent de subir massacres, violences sexuelles, déplacements forcés et destructions de villages.




« La mémoire doit devenir une exigence de justice »

Pour Denis Mukwege, l'impunité constitue l'un des principaux obstacles à une paix durable en République démocratique du Congo.

Il appelle Kinshasa et la communauté internationale à mettre en œuvre les recommandations du Rapport Mapping, à enquêter sur les crimes commis au cours des trois dernières décennies et à poursuivre leurs auteurs et leurs commanditaires, qu'ils soient Congolais ou étrangers, membres de groupes armés ou responsables étatiques.

Le médecin congolais plaide également pour la création d'un mécanisme judiciaire crédible capable de juger les crimes du passé et du présent. Il évoque notamment la possibilité d'une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que la création de chambres mixtes ou hybrides au sein des juridictions congolaises.

Il estime par ailleurs que la justice transitionnelle doit garantir aux victimes quatre droits fondamentaux : la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition.

« Nous n'oublions pas Kasika »

Vingt-huit ans après les faits, Denis Mukwege refuse que le massacre tombe dans l'oubli.

« Nous n'oublions pas Kasika. Nous n'oublions pas les victimes », affirme-t-il dans son message, appelant à briser le cycle de la violence et de l'impunité.

Pour le prix Nobel de la paix, une paix durable en RDC ne pourra être construite sur l'impunité et les « doubles standards ».

Il demande ainsi que toute la lumière soit faite sur les crimes commis dans l'est du pays et que leurs responsables soient traduits en justice.

Le massacre de Kasika demeure ainsi, près de trois décennies plus tard, l'un des symboles des violences qui ont profondément marqué l'histoire récente de l'est de la République démocratique du Congo.

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